Colloque du 13 juin 2019 :

« Bien-être animal : quelles informations pour les consommateurs ? »

 

 

Le 13 juin, Sciences Po a accueilli son premier colloque sur l’information des consommateurs à propos du sort des animaux d’élevage destinés à leur consommation. L’événement s’inscrivait dans le cadre d’un groupe de travail de la clinique de l’École de droit sur la labellisation du bien-être animal, co-organisé avec l’association InfoTrack. Il a permis de mettre en évidence l’opportunité que représente l’amélioration de l’information des consommateurs pour faire progresser la bientraitance animale, mais aussi le bien-être des professionnels de la filière; il a aussi fait émerger les défis auxquels l’ensemble des parties prenantes sont confrontées: formes de la communication et détermination des informations pertinentes, traçabilité, coût de traitement des informations, organisation des contrôles, etc.

 

Une rapide introduction a présenté le projet né de la Clinique de Sciences Po et poursuivi grâce au prix remis par la Fondation Anthony Mainguené au printemps 2018, ainsi que les prochaines étapes amenant à la publication des Principes Directeurs mis sur pied par l’équipe. Cette liste de recommandations s’adresse à toute partie prenante fournissant des informations au consommateur en matière de bien-être animal. En cela, les Principes constituent à la fois un référentiel pour la création de futurs labels et une grille d’évaluation rapide et objective des allégations et labels existants en vue de leur amélioration.

 

La première table ronde avait pour thème « quelles informations pour le consommateur » et était modérée par la Directrice des relations institutionnelles d’InfoTrack, Myele Rouxel. M. le député Loïc Dombreval a ouvert cette première session en rappelant les attentes fortes des consommateurs et citoyens. M. le Député a ainsi salué les initiatives de « droit mou » prises par les acteurs privés dans le domaine, à défaut d’un droit dur fixant des normes plus exigeantes.

 

M. Matthieu Riché, Directeur RSE du Groupe Casino a ensuite pris la parole pour présenter le mode d’étiquetage bien-être animal développé par Casino en collaboration avec trois autres associations de protection animale « welfaristes » : la Fondation Droit Animal, Éthique & Sciences (LFDA), Compassion in World Farming (CiWF) France, et l’Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs (OABA). Après une présentation générale des 230 critères qui fondent l’étiquetage, M. Riché a salué le travail de coopération avec les associations comme un modèle d’actions concrètes menées en partenariat entre secteur privé et milieu associatif, pour des résultats concrets en terme d’amélioration du traitement des animaux.

 

M. le Président Louis Schweitzer ( LFDA) a ensuite présenté les ambitions de l’étiquette bien-être animal, qui a vocation à se développer au niveau national et européen, bien au-delà des marques distributeurs Casino et embrassant l’ensemble des filières. De fait, la coopérative des fermiers de Loué se sont déjà associé à cette initiative, reconnaissant la valeur ajoutée de l’étiquetage du niveau de bien-être animal. M. Schweitzer a également rappelé l’importance d’une information pertinente, lisible et crédible, ce que reflète l’étiquette bien-être animal. M. Schweitzer a précisé que la démarche s’était structurée en association (Association étiquette bien-être animal) avec les trois ONGs de façon à s’ouvrir à de nouveaux acteurs.

La deuxième table ronde avait pour thème les critères d’élaboration du référentiel sur la base duquel est élaborée l’information. La discussion était modéré par Victor Pouget, tout juste diplômé de l’École de droit et participant au projet clinique en 2018-2019. M. Hervé Guyomard, économiste chercheur à l’INRA a ouvert la discussion en abordant la question de la traçabilité de l’information à chaque étape de sa production. M. Guyomard a notamment présenté l’intérêt de la technologie de la blockchain, qui permet de stocker et transmettre des informations de manière sécurisé et transparente en l’absence d’un organe central de contrôle.

 

M. Pierre Pauchet, Directeur de l’Association pour en Faveur de l’Abattage des Animaux dans la Dignité (AFAAD), a notamment insisté sur la confusion existant dans l’esprit des consommateurs entre les différents labels existant sur le marché. De même, il existe des allégations sans cahier des charges. M. Pauchet a ainsi souligné l’importance de système d’étiquetage tel que celui développé par les trois ONGs et Casino, qui est le seul à également inclure des critères au stade de l’abattage des animaux, qui a tendance à être trop souvent occulté dans les cahiers des charge en raison de la forte segmentation de la chaîne de production.

 

Mme Agathe Gignoux, chargée de relations publiques à CiWF France a rappelé les différents types d’initiatives en matière de délivrance de l’information au consommateur en matière de bien-être animal. Mme Gignoux a expliqué le choix de CiWF de s’engager pour un étiquetage plutôt qu’une labellisation, en raison de la clarté et lisibilité de l’information.

 

Enfin, Mme Christine Roguet, chercheuse à l’Institut du Porc, a présenté les trois enseignements tirés de l’expérience de la labellisation du bien-être animal dans les pays nordique, à savoir : une bonne communication auprès des consommateurs pour s’assurer qu’ils ont une bonne comprennent de l’information qui leur est donnée sur le produit ; des initiatives claires et transparentes pour obtenir la confiance des consommateurs, avec notamment l’accessibilité du cahier des charges ; et un contrôle indépendant tiers assurant la crédibilité de l’initiative. Mme Roguet a également tenu à mettre en garde l’ensemble des parties prenantes contre des normes trop élevées, qui décourageraient les producteurs et contribueraient en outre à chambouler le marché, entrainant un recours à l’importation des produits. M. Guyomard a abondé dans le sens de Mme Roguet, évoquant le « mal-être importé » comme potentiel effet pervers d’initiatives trop ambitieuses, mais facilement contré par l’inclusion des producteurs dans une démarche de progrès.

 

La troisième est dernière table ronde avait pour sujet celui du contrôle et des sanctions en cas de non respect des normes volontaires établies dans le cahier des charges. Cette table ronde était modérée par Yann Soubigou, Directeur des études à InfoTrack. M. Jean-Pierre Kieffer, Directeur de l’OABA a indiqué préférer parler d’accompagnement plutôt que de sanctions, renvoyant ainsi à la démarche de progrès au cœur de la réussite d’une norme effective pour les animaux. À propos d’étiquetage de bien-être animal mensonger, M. Kieffer est également revenu sur la récente affaire gagnée par l’OABA devant la Cour de Justice de l’Union Européenne. Par un arrêt rendu en février 2019, la Cour a en effet jugé contraire au droit européen l’étiquetage biologique de viande issue d’animaux qui n’ont pas été étourdis préalablement à leur mise à mort, comme le veux (parfois) la norme halal et (toujours) casher.

 

M. Stéphane Galais, éleveur et représentant de la Confédération Paysanne, a également insisté sur la nécessité d’inclure les éleveurs dans les démarches normatives de façon à prendre en compte les pratiques paysannes. Au sujet des sanctions, les propos de M. Galais ont rejoint ceux de M. Kieffer, ajoutant que les sanctions pour les éleveurs font du sens quand elles participent à un projet collectif. Enfin, M. Galais a aussi rappelé que l’abattage, même s’il se pratique hors de la ferme, est une question qui engage très fortement les éleveurs, car ce sont bien leurs animaux qui sont tués dans des conditions qu’ils réprouvent bien souvent, d’où l’importance de développer des abattoirs mobiles. Enfin, l’occasion de ce colloque a été l’occasion pour M. Galais de présenter le recueil de paroles d’éleveurs sur la relation homme-animal édité par la Confédération Paysanne, notamment en réponse à une question de la salle portant sur les effets bénéfiques du bien-être animal sur le bien-être des humains. Les paroles de M. Galais sur la nécessité d’une approche de l’élevage moins technique et plus centré sur l’animal ont conclu ce riche échange, et ont ouvert sur le cocktail de clôture.

 

Notre premier événement a connu un franc succès grâce à l’implication de tous. L’équipe InfoTrack remercie chaleureusement l’ensemble des participants et le public pour la qualité des interventions et des questions. L’association remercie tout particulièrement Ophélie Blanquet, Secrétaire Générale d’InfoTrack et Albane Demaret, Directrice de la Communication, pour leur généreuse contribution à l’organisation du colloque, ainsi que tous les membres de l’équipe InfoTrack pour l’accueil du public, la modération des tables rondes et des questions du public. Un grand merci également à M. et Mme Mainguené (et leur fidèle compagnon Jason) pour leur présence et encouragements.

 

 

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Programme du Colloque "Bien-être animal : Quelles informations pour le consommateur?"
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Diapositives du Colloque "Bien-être animal : Quelles informations pour le consommateur?"
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